Les mauvaises habitudes prises dès le collège : comment elles fragilisent les apprentissages
Série : Comprendre les maths, ça s'apprend – Partie I : Comprendre les blocages des élèves (4/5)
Introduction
Les difficultés en mathématiques ne surgissent pas
toujours brutalement. Elles sont souvent le résultat de petites habitudes
prises sans conscience, dès l'entrée au collège — voire avant — et qui,
accumulées, fragilisent progressivement les apprentissages.
Ces automatismes sont rarement corrigés car ils donnent l'illusion que
"l'élève s'en sort", du moins au début. Mais avec le temps, les
fondations deviennent instables, les lacunes s'accumulent… et la perte de
confiance s'installe.
Cet article propose d'examiner en profondeur ces mauvaises habitudes : d'où viennent-elles ? Comment se manifestent-elles ? Pourquoi sont-elles si tenaces ? Et surtout, comment y remédier de manière constructive et durable.
🔍 Qu'entend-on par "mauvaises habitudes" en maths ?
Il ne s'agit pas ici d'un simple manque d'assiduité ou
de travail.
Ce sont des stratégies mentales ou scolaires inefficaces que les élèves
développent par réflexe ou par mimétisme, souvent pour "tenir le
coup" dans une matière qu'ils perçoivent comme difficile.
Quelques exemples courants :
- Apprendre des formules sans comprendre leur logique.
- Attendre que "le prof fasse l'exercice" avant d'essayer.
- Utiliser des "recettes" sans analyser le contexte.
- Sauter les étapes de raisonnement pour "aller plus vite".
- Considérer que poser des questions est un signe de faiblesse.
- Ne jamais relire ou vérifier un raisonnement, même quand une erreur est probable.
Ces comportements s'installent subrepticement, et sont rarement remis en question tant qu'ils permettent d'obtenir des résultats acceptables à court terme. Mais au fil des années, ils créent un fossé entre ce qui est su, ce qui est compris, et ce qui est mobilisable.
🧠 D'où viennent ces automatismes ?
1. Un système basé sur la note plus que sur la compréhension
Certains élèves privilégient la rapidité ou la reproduction d'exemples-type pour "assurer une bonne note". Ils n'investissent pas dans la compréhension profonde, car ce travail semble long, incertain, et rarement valorisé.
2. Une culture scolaire qui valorise le "résultat" plus que le raisonnement
Dans beaucoup d'évaluations, c'est la réponse finale qui compte. Si l'élève a bon, tant mieux. Peu importe comment il y est arrivé. Résultat : la méthode disparaît derrière la performance.
3. Des lacunes non identifiées ou non traitées
Un élève qui n'a pas assimilé les bases (fractions, équations simples, proportionnalité…) va développer des stratégies d'évitement. Il va apprendre à "faire illusion", à contourner les vraies difficultés. Ce sont ces contournements qui deviennent des automatismes.
⚠️ Les conséquences à moyen et long terme
1. Une compréhension fragmentée et instable
Ces habitudes empêchent l'élève de créer des liens entre les notions. Résultat : il ne perçoit pas la structure du raisonnement mathématique et se sent perdu dès qu'un exercice sort du modèle connu.
2. Une incapacité à s'adapter à des problèmes nouveaux
Sans avoir vraiment intégré la logique des raisonnements, l'élève se retrouve sans repères face à une consigne différente ou un problème plus complexe. C'est là que naît la fameuse phrase : "Je ne comprends rien…"
3. Un sentiment de découragement
Lorsque les stratégies habituelles échouent, l'élève perd confiance. Il pense que "les maths, ce n'est pas fait pour lui", alors qu'il s'agit souvent d'un problème de méthode, pas de capacité.
✔️ Comment corriger ces habitudes progressivement ?
1. Favoriser le questionnement
Il ne faut pas avoir peur de demander "Pourquoi ?", "D'où vient cette formule ?", "Dans quel cas puis-je l'utiliser ?". Ce sont ces questions qui permettent de reconstruire les bases.
2. Apprendre à expliciter ses raisonnements
L'élève doit s'habituer à verbaliser sa démarche, à l'écrire, à l'expliquer. Cela rend visible ce qui est acquis… ou non. C'est un outil puissant de remédiation.
3. Travailler sur l'autonomie
Ne pas attendre que tout vienne du professeur. Encourager la recherche personnelle, les essais, même les erreurs. L'erreur est un signal d'apprentissage, pas une faute.
4. Revenir régulièrement aux fondamentaux
Une fois par semaine, consacrer un moment à retravailler des bases oubliées (fractions, proportions, égalités…). Il ne faut pas attendre que ces lacunes deviennent des obstacles insurmontables.
🎯 En résumé
Les mauvaises habitudes ne sont pas une fatalité.
Elles ne sont pas le signe d'un manque d'intelligence, mais le symptôme d'un
système d'apprentissage déséquilibré, où l'élève cherche à survivre plutôt
qu'à comprendre.
Il est essentiel :
- d'identifier ces automatismes chez chaque élève,
- de les déconstruire sans jugement,
de les remplacer par des méthodes actives, basées sur la compréhension, la logique et la curiosité.